Dans les nues…

Hommage à Richard Bouhl (24 Avril 1954 – 27 juillet 2015), peintre, sculpteur, poète.

Ecrits peints et sculptés surgissent de sa veine éclatée et brûlante.
Cela vient du tréfond de son corps couvert d’âme, de son âme incarnée
emportée par le flux furieux de la vie qu’il ne maîtrise pas, mais
douloureusement n’en cesse de jouir de peindre, de sculpter et encore
d’écrire les remous de son corps et de son cœur affamés, de crier son
ardeur à l’endroit, à l’envers du ciel jusqu’en enfer. » Camille Claus

“Nues roses” 2014 :

“ALCHIMIE ESPEREE

Pas de lune couleur lilas

Point de glas L’étang et ses chimères

Concert crépusculaire de cols vert

Euphorie phonique d’une faune aquatique

La forêt dense reflet sombre

Dans une eau symphonie grise

Miroir de mon âme apaisée à présent

Une lueur ténue de rose et de mauve évanescent

Effleurant la ferveur affable de la nuit

Accalmie et premières gouttes de pluie

Chaleur des braises

Douceur d’images rémanentes exaltées

Ornella en mon esprit

Paroles amies Regards aimé

Alchimie espérée au seuil du silence

Présence intense”.

LIBRE MÉMOIRE

LA BELLE ET…l’âme de l’ange déchu chutèrent sans chahut et churent shootés. Conséquemment au coup de cafard à midi et à un coup de barre à minuit dans un milkbar. Café de Van Gogh ou naissaient en rouge et vert dépeintes les terribles passions humaines.En dépit des amours défuntes de Serge. Près d’un Marais à la Saint Jean. Tout cela impromptu et imprévisible comme un fait divers très… BETE.

Extraits de “Nues Roses”, Richard Bouhl, 2014.

BELLES ROSES SUR LA TABLE

“Les peindre

Roses et blanches

Blanches et roses

Saisir l’instant

éphémère

Vase gris

Rayures bleus

Au bout du compte

bleu atténué de  nuit

Ne pas les peindre

tu ne me nuit pas

Absence de modèle

Je ne peins pas

Mais modèle

Mes rêves

Incas 

Femme modèle

Caresses espérées

Ciel sans étoile

Eté

Sages

les enfants dorment

Onirique songe

Nénuphars jaunes

Mon enfance évanouie

me sourit 

Roses épanouie

Lueurs

Alchimie du temps 

présent.”

 Inédit 2015.

Catalogue  2012 –> Catalogue_Richard_BOUHL

 

 

Pass(ans)te…

Image en reflet au roman “Sido” de Colette, écrit sur sa mère (peut-être à cause de la chatte blanche indépendante), dont  voici un extrait :

“Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense. J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demis, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraise, les cassis et les groseilles barbues.
À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C’est sur ce chemin, c’est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion…
Ma mère me laissait partir, après m’avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-en-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son oeuvre, – « chef-d’oeuvre », disait-elle. J’étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d’accord… Je l’étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu’à mon retour, et de ma supériorité d’enfant éveillé sur les autres enfants endormis.
Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d’avoir mangé mon soûl, pas avant d’avoir, dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l’eau de deux sources perdues, que je révérais. L’une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L’autre source, presque invisible, froissait l’herbe comme un serpent, s’étalait secrète au centre d’un pré où des narcisses, fleuris en ronde, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe… Rien qu’à parler d’elles je souhaite que leur saveur m’emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j’emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire…”.